Le franc francais
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L'histoire du Franc

Début du Franc
Le premier franc, le "franc à cheval", est émis en 1360. Cette pièce d'or est frappée pendant la guerre de Cent Ans pour payer la libération du roi Jean le Bon, qui avait été capturé par les Anglais en 1356. Le terme "Franc" signifie que le roi est franc des anglais, c'est à dire libre.

Première disparition du Franc
Le franc disparaît sous Charles VI (1380-1422), remplacé par l'écu d'or à la couronne. La reprise de la guerre de Cent Ans s'accompagne de désordres monétaires qui s'aggravent après la défaire d'Azincourt en 1415. Quatre autorités frappent alors concurremment la monnaie : le roi de France, le roi d'Angleterre, notamment à Caen, le duc de Bourgogne, et le Dauphin réfugié à Bourges. La reconquête du royaume menée par Jeanne d'Arc permet à Charles VII (1422-1461) de restaurer son autorité politique et monétaire. à l'occasion d'une réévaluation, le roi frappe en 1423 un nouveau "franc à cheval" avec la volonté d'un retour à la bonne monnaie. Mais celui-ci cède une fois encore la place à l'écu d'or et disparaît pour 150 ans.

Le franc d'argent et ses divisions
Il faut attendre 1575 pour qu'Henri III (1574-1589) crée un franc d'argent, appelé "franc blanc", avec, comme Charles V (1364-1380), l'ambition de faire correspondre monnaie de compte et monnaie réelle. Mais une déclaration royale en interdit la frappe dès 1586 : cette belle pièce, lourde de 14 grammes, est trop souvent rognée ! L'écu d'or au soleil, valant trois livres, devient alors la principale unité monétaire du royaume. Ne subsistent du franc que ses divisions : les demis et quarts de franc, frappés très irrégulièrement mais peu utilisés sous Henri IV (1589-1610). Après la profonde réforme monétaire engagée à la fin du règne de Louis XIII (1610-1643) qui crée le louis d'or, les derniers demis et quarts de franc sont frappés en 1641. Ils disparaissent au profit des séries fondées sur l'écu d'argent et il n'est plus émis de pièces libellées en "franc" jusqu'en 1793.

Création des assignats
Dès 1783, la situation générale du royaume et l'endettement de la monarchie sont tels que les pièces ne parviennent plus guère au trésor royal. En 1789, la Révolution, par l'intermédiaire de l'Assemblée nationale, hérite des dettes de la monarchie : environ cinq milliards de livres, auxquelles s'ajoutent des intérêts, fixés à des taux particulièrement élevés ! Pour pallier la pénurie d'espèces, la Convention recourt au papier, d'abord sous forme de billets d'escompte, puis d'assignats gagés sur les biens nationaux, confisqués à l'église. Mais les coupures sont trop grosses. Le problème de la petite monnaie courante reste entier. Comme les réserves métalliques sont inexistantes, vaisselle et objets précieux sont requis. On fait d'abord appel au don, puis à une contribution patriotique. L'armée et la marine fournissent du cuivre. Les cloches des églises sont fondues. Mais la thésaurisation du métal se poursuit, la monnaie métallique ne circule toujours pas. L'Assemblée se résout à multiplier les émissions d'assignats. L'inflation est telle que les prix sont exprimés aussi bien en métal qu'en papier. En 1793, le gouvernement tente d'assainir la situation par un emprunt forcé, puis volontaire. Le métal précieux est recherché et confisqué par les autorités pour soutenir l'assignat ; la guillotine menace les récalcitrants. La Terreur s'exerce aussi dans le domaine monétaire jusqu'à la chute de Robespierre.

Création du Franc décimal
C'est à cette même époque que, dans un souci global de rationalisation, le système duodécimal (basé sur la douzaine) est abandonné au profit du système décimal (basé sur la dizaine). La livre est donc divisée en 10 décimes, le décime en 10 centimes. Bien que la production de pièces en métal précieux cesse à cause du cours forcé de l'assignat, la Convention redéfinit théoriquement la monnaie de la République en terme d'or et d'argent à 9/10 de métal fin. La pièce d'argent est dénommée la "Républicaine", celle d'or le "franc d'or". Paradoxalement, alors que l'inflation s'amplifie et que le flot d'assignats atteint 2 milliards début 1795, la Convention poursuit patiemment son travail normatif. La loi du 15 août 1795 définit le franc, divisé en 10 décimes de 10 centimes chacun, comme étant l'unité monétaire officielle de la République, plutôt que le louis d'or qui porte le prénom du roi déchu. Entré en fonction le 26 octobre 1795, le Directoire, devant le nouvel échec du papier-monnaie dans l'expérience du mandat territorial, établit un change de 5 livres, 1 sou et 3 deniers pour 5 francs afin de rétablir une circulation plus intense des espèces métalliques. Cela, accompagné d'une avantageuse refonte des monnaies divisionnaires et un afflux de métal venant d'Italie après la campagne de Bonaparte, permit à la circulation de monnaie métallique de subsister jusqu'à l'abolition du cours forcé du papier-monnaie, le 4 février 1797.

Le Franc Germinal
En 1803, le consul Bonaparte engage une réforme qui vise à mettre fin à l'anarchie de la circulation monétaire où se côtoient écus, louis d'or et pièces révolutionnaires de divers métaux. Les lois de germinal an XI fixent le système monétaire sur la base d'un franc d'argent dit "franc germinal".
Afin de supplanter l'ancien louis d'or royal encore en circulation, une pièce en or de 20 francs - le fameux "napoléon" - et une de 40 francs viennent compléter les monnaies d'argent de 5, 2 et 1 franc : sont frappés pour 500 millions en or et près de 900 millions en argent. C'est pourtant insuffisant. Le recours au papier-monnaie s'impose à nouveau, mais son émission est confiée à la Banque de France, récemment créée avec une réserve métallique permettant d'en maintenir le cours. Dans ce contexte monétaire assaini, la nouvelle monnaie fiduciaire est mieux acceptée et prend progressivement son essor. Le franc germinal se révèle être une réussite. Il reste relativement stable malgré la valse des régimes politiques et perdure jusqu'en 1914.

La fin du Franc germinal
Dès 1911, après la crise franco-allemande d'Agadir, le conflit avec l'Allemagne semble inévitable. Les deux protagonistes s'y préparent activement, autant militairement que financièrement. Disposant d'instructions très précises, la Banque de France parvient à soutenir le franc dans un premier temps. Mais les avances accordées au Trésor l'obligent à faire fonctionner la planche à billets, entraînant dépréciation et inflation. Plutôt que de lever un impôt - la population est déjà grandement mobilisée -, le gouvernement recourt à l'emprunt d'état et au crédit anglais et américain. D'après les estimations, la Grande Guerre aurait coûté quelque 200 milliards à la France, dont 80 % financés à crédit avec la certitude que "le boche paiera". Mais l'effondrement économique de la république de Weimar et l'anéantissement total du mark (1922-1923) mettent fin aux dernières illusions françaises. Par peur des conséquences politiques et sociales, les pays anglo-saxons soutiennent le redressement monétaire allemand. Ils désavouent l'occupation française de la Ruhr et imposent à la France de revoir ses prétentions à la baisse, sans lui faire grâce de ses propres dettes.

Le Franc Poincaré
Dès 1919, l'Angleterre et les états-Unis suspendent leur crédit et présentent leurs créances. Les marchés des changes réagissent sans tarder : le franc s'effondre à Londres et fait l'objet de toutes les spéculations. La victoire du Cartel des gauches aux élections législatives de mai 1924 accélère encore sa chute : la spéculation ("le mur d'argent") redouble contre les projets d'impôt sur le capital, les épargnants perdent confiance, l'opinion s'affole face à ce qu'elle considère être un complot international. La banqueroute menace l'état. En 1928, le Parlement rappelle Raymond Poincaré au pouvoir. L'annonce même de son retour stabilise le franc. S'il n'a pas de remède miracle, "Poincaré-la-confiance" est bien l'homme de la situation. Il utilise les faveurs de l'opinion pour imposer, bien qu'il lui en coûte, la dévaluation contre la déflation. Le 25 juin, Poincaré entérine la mort du franc germinal en redéfinissant l'unité monétaire au cinquième de sa valeur d'origine, c'est-à-dire en le dévaluant de 80 %. Ce "franc à quatre sous" - dans la conscience populaire le franc vaut encore 20 sous - repose sur l'or, librement convertible… contre un montant minimal de 215 000 F, soit l'équivalent d'un lingot d'or de 12 kilos !
La stabilisation ne dura pas 10 ans. La grande crise des années 1930 engendre les dévaluations en chaîne de la livre sterling, du dollar et du yen. Mais au lieu de dévaluer, la France s'engage dans une fuite en avant déflationniste. Le franc se trouve surévalué face aux autres monnaies dépréciées. Les exportations françaises s'effondrent. Il faut attendre le Front populaire pour que le franc soit à son tour dévalué : entre 1936 et 1940, il perdra près des 2/3 de sa valeur.

La seconde guerre mondiale
à la France vaincue en 1940, l'Allemagne impose un taux de change exorbitant (1 reichsmark = 20 francs) qui permet à l'occupant de piller le pays. En outre, le gouvernement doit verser 400 millions de francs quotidiens au titre des frais d'occupation.

Le nouveau Franc
Revenu au pouvoir en 1958, le général de Gaulle décide de procéder à une nouvelle dévaluation (17,55 %) et annonce la création d'un "franc lourd" qu'il confie à son ministre des Finances, Antoine Pinay, et à l'économiste Jacques Rueff. Le "nouveau franc" est mis en circulation dix-huit mois plus tard : il vaut 100 anciens francs. Représentant la semeuse coiffée du bonnet phrygien, les nouvelles pièces rappellent le franc d'avant 1914. De Gaulle veut en effet que ce nouveau franc - redevenu officiellement le franc en 1963 - soit synonyme de stabilité et de puissance.

La mort annoncée du franc
Adopté le 10 décembre 1991 et ratifié en France par référendum le 20 septembre 1992, le traité de Maastricht prévoit l'unité monétaire de l'Europe, accompagnée de la mise en circulation d'une nouvelle monnaie commune. L'ECU (European currency unit), nom de l'unité de compte européenne existante, est abandonné sous la pression allemande, favorable à la dénomination d'"euro". C'est donc l'"euro" qui se substitue définitivement au franc le 17 février 2002.

La fin du Franc
Le franc a disparu officiellement en tant que monnaie nationale : depuis le 1er janvier 1999, il n'est plus qu'une monnaie divisionnaire de l'euro. Les espèces libellées en euro sont mises en circulation au 1er janvier 2002. Elles circuleront seules après une période transitoire de six mois. En France, ce délai est réduit au 17 février 2002 terminant ainsi une histoire de 700 ans.

Source : BnF, le franc, histoire d'une monnaie


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